...Delphine, une lectrice de ce blog et elle-même auteur d'un joli blog bilingue qui ravira les amateurs de décoration et de rénovations.

Merci beaucoup, Delphine !

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Photo Delphine

 

 

 

1) Depuis quand es-tu expatriée au Québec ?

 

Depuis presque 10 ans (mars 1999) !! Le temps passe si vite…

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2) Pourquoi t'es-tu expatriée ?

 

A la fois l'envie d'aller voir ailleurs… et l'insatisfaction face à certaines choses en France (la difficulté à démarrer dans la vie professionnelle à 25 ans : trop diplômée, trop jeune ; les grèves incessantes et quelques autres trucs).

 

J'ai eu la chance d'être approchée par un chasseur de têtes qui avait beaucoup de contacts : en deux semaines, j'avais une offre d'emploi à Montréal... Difficile de refuser !

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3) Quelle a été l'attitude de tes proches quand tu leur as annoncé ton expatriation ?

 

Côté amis : enthousiasme. Côté famille… Moyen. Je pense qu'ils l'ont pris comme un abandon…

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4) Quels étaient tes doutes et tes peurs avant de quitter la France ?

 

Les craintes étaient surtout d'ordre professionnel : un peu inquiète de ne pas être à la hauteur (on me faisait venir de loin, tous frais payés). Pour le reste, j'avais déjà beaucoup voyagé et fait de longs séjours à l'étranger alors ça ne m'inquiétait pas du tout.

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5) Ces doutes et ces peurs se sont-ils avérés exacts?

 

Non, pas du tout ! Mes craintes côté "boulot" se sont vite avérées futiles : mon insertion s'est très bien passée dans un univers très américanisé mais à la québécoise - soit un savant équilibre entre efficacité et objectifs d'un côté et respect très fort de la vie privée et familiale de l'autre.

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Photo Delphine

 

 

 

6) D'un point de vue pratique et au niveau des formalités, ton installation au Québec a-t-elle été facile ?

 

J'ai été très choyée : la compagnie qui me faisait venir (en CDI) s'est occupée de mon visa de travail ainsi que de celui de mon conjoint. Le déménagement et l'installation étaient aussi pris en charge… Le rêve !

 

 

 

7) Et d'un point de vue affectif et émotionnel ?

 

Je ne souffre vraiment pas de l'éloignement de ma famille : je parle à ma mère une fois par semaine et les e-mails et MSN me permettent de garder le contact avec ma sœur, certains cousins… Je ne suis pas certaine que les contacts avec certains auraient été beaucoup plus fréquents si j'étais restée en France.

 

 

 

8) Y a-t-il quelque chose que tu ferais différemment concernant ton installation/expatriation au Québec ?

 

Non ! On s'était quand même bien renseignés avant de partir (on savait que les Québécois ne vont pas travailler en scooter des neiges l'hiver... Un ami le croyait vraiment !). Tout s'est très bien passé.

 

 

 

9) Y a-t-il une personne qui t'a particulièrement aidée dans ton installation/expatriation (que ce soit a travers un bon conseil, une aide financière, une simple présence amicale...) ? 

 

Oui : la grande amie que je me suis faite en arrivant, Emmanuelle. Française aussi, elle venait d'arriver dans la même compagnie quelques semaines plus tôt. Elle m'a beaucoup apporté, surtout amicalement. Elle me faisait partager ses quelques longueurs d'avance… Une très belle période.

 

 

 

10) As-tu un travail au Québec ?

 

Si oui : lequel et, surtout, a-t-il un rapport avec ce que tu faisais (ou étudiais) en France ?

 

Si non : es-tu actuellement en recherche d'un travail et, surtout, as-tu l'impression que c'est plus facile ou plus difficile que dans ton pays (démarches et mode de fonctionnement différents...) ?

 

J'ai un travail. Je suis restée quatre ans dans la compagnie qui m'avait fait venir puis suis partie à mon compte. Je suis depuis consultante en free-lance et j'adore ça !

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Le lac Kempt

Photo Delphine

 

   

 

 

11) La France te manque-t-elle ?

 

La France ne me manque pas au quotidien - du tout. Ce qui me manque, ce sont parfois l'offre qu'il y a sur le marché, la diversité des produits, la facilité d'accès à un vaste choix (je pense surtout à la déco et, dans une moindre mesure, à la nourriture). Le Québec étant un pays "jeune", on ne trouve pas de vraies brocantes… Mais ce n'est qu'un détail, tout de même !

 

 

 

12) Quand penses-tu revenir en France définitivement ?

 

Je ne pense pas revenir définitivement. Ma vie est ici. On a un appartement, on vient de s'acheter une vieille maison de campagne que l'on rénove, je n'ai plus d'amis en France, quasiment aucun contact professionnel… et ce qui me décevait de la France il y a 10 ans ne s'est pas amélioré.

 

 

 

13) As-tu hâte de revenir en France définitivement ?

 

Non (voir réponse ci-dessus).

 

 

 

14) Comment gardes-tu le contact avec ta famille et tes amis ?

 

Téléphone, e-mail, MSN.

 

 

 

15) Reviens-tu souvent en France pour les vacances ?

 

Je reviens environ une fois par an ou aux 18 mois environ. C'est variable selon les années et circonstances.

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Le lac Kempt

Photo Delphine

 

   

 

 

16) Si tu es au Québec depuis pas mal de temps, as-tu l'impression, parfois, de te "détacher" ou de "t'éloigner"un peu de la France (de sa culture, de ses traditions, de son mode de fonctionnement...) ?

 

Absolument. Lorsque je dis "nous", maintenant, je fais référence au Québec. Mon sentiment d'appartenance au Québec est devenu très fort ; j'y suis bien. Mais il n'y a rien de triste ou de regrettable à ce sentiment de détachement ; je pense qu'il est fatal : si on s'intègre avec succès dans un nouvel environnement, on se détache nécessairement du précédent.

 

Un point intéressant est que l'on devient un peu apatride (même si, légalement, j'ai maintenant deux nationalités) : plus vraiment français pour ceux que l'on a laissés derrière nous (ne serait-ce qu'à cause de la pointe d'accent québécois !) et jamais vraiment québécois pour les "pure laine" d'ici. Pour tous, ici, je suis "La Française" et le resterai toujours.

 

 

 

17) Comment vois-tu/juges-tu la France et les Français maintenant que tu vis au Québec ?

 

Leur réputation de râleurs n'est pas un hasard... Une expérience de bénévolat il y a quelques années (auprès de nouveaux arrivants) a démontré à quel point certains peuvent être attentistes : la vie (le gouvernement, les institutions, la société…) leur doit quelque chose sous prétexte d'avoir fait la bonne école, d'avoir de l'expérience… Ici, on doit apprendre l'humilité et faire ses preuves avant de monter.

 

Vivant dans un pays résolument capitaliste, où l'initiative personnelle est très valorisée, je trouve les Français trop passifs ; ils attendent qu'on les aide (en manifestant leur désapprobation par la grève) au lieu d'agir, de proposer et de mettre en place des solutions.

 

La France est un beau pays qui offre beaucoup de possibilités, un beau cadre ; les Français ne réalisent probablement pas comme ils le devraient la chance qu'ils ont.

 

 

 

18) D'après toi, comment ta famille et tes amis s'imaginent-ils ta vie d'expatriée (rêve américain, solitude, super opportunité, folie, angoisse...) ?

 

Je ne sais pas... Je ne crois pas qu'ils l'imaginent.

 

 

 

19) Ta vision du Québec a-t-elle changé - en bien ou en mal - depuis ton expatriation ?

 

Oui. Elle a changé dans le sens où je le connais mieux, maintenant. L'illusion du monde parfait que l'on a au début a fait place à une connaissance plus réaliste et rationnelle. Il y a, ici aussi - comme partout ailleurs - des choses que j'aime moins mais, dans l'ensemble, il fait très bon y vivre ; les gens sont agréables, sympathiques.

 

 

 

20) Trouves-tu ta vie actuelle au Québec plus agréable ou moins agréable que ton ancienne vie en France ?

 

Plus agréable. Mon arrivée a coïncidé avec ma véritable entrée dans le monde du travail, à un bon salaire ; j'ai enfin pu commencer à profiter de la vie, m'installer, faire de beaux voyages. J'ai pris confiance en moi, me suis bâti un beau réseau d'amis et de relations.

 

La liberté d'esprit est très grande ici, un pays d'immigration : on ne juge pas les autres, chacun fait ce qu'il veut ; la société est régie par peu de codes. Ainsi, les "gays" sont nombreux à Montréal (deuxième ville "gay" au monde après San Francisco) car la tolérance des Québécois rend leur vie plus facile. On peut s'habiller comme on veut, il n'y a pas de norme à suivre et je trouve ça très agréable. En France, difficile pour ceux qui sortent du lot ; difficile d'être parfaitement soi, parfois (j'ai habité avec une amie lesbienne il y a 10 ans : elle souffrait tant des remarques et petits regards…).

 

 

 

 

21) Depuis ton expatriation, te sens-tu plutôt française, européenne ou québécoise ?

 

Québécoise, européenne (ici, on fait référence à l'Europe - rarement à la France - car de nombreuses nationalités sont représentées).

 

 

 

22) Au Québec, as-tu plus de connaissances/amis québécois ou français ?

 

Pendant longtemps, et à mon grand regret, j'avais beaucoup de connaissances québécoises, mais mes amis étaient surtout français. Il n'est pas facile au départ de rencontrer, de lier de vraies amitiés avec les Québécois en raison des différences culturelles (souvent sous-estimées en raison de la langue commune) et de la relation amour/haine que beaucoup entretiennent avec la France. Désormais, c'est très équilibré.

 

 

 

 

23) Cela te convient-il ?

 

Maintenant, oui !

 

 

 

24) Si je te dis que tu dois définitivement repartir en France dans deux mois, quelle est ta première réaction (joie, tristesse, panique, soulagement...) ?

 

Beaucoup de tristesse et de déception. Je quitterais mon "chez moi".

 

 

 

25) L'expérience de l'expatriation a-t-elle changé ta façon de voir le monde - et la vie en général ?

 

Oui, c'est certain. Ma vision du monde est plus nord-américaine (ce qui ne signifie pas que j'adhère aux Etats-Unis !). J'ai toujours été de pensée libérale : ça n'a fait que s'accentuer, ici.

 

 

 

26) Que dirais-tu a ceux a qui l'on vient de proposer l'expatriation au Québec mais qui ont peur et se posent mille et une questions ?

 

Qu'il ne faut pas hésiter. Il y a tant à gagner et peu à perdre (au pire, on rentre !). Le Québec offre un environnement bilingue, une tête de pont vers le continent nord-américain anglophone. Bon compromis entre l'Europe et les Etats-Unis, le Québec s'est construit une identité propre - à mi-chemin entre les deux - en tirant le meilleur de chacun. Les infrastructures d'aide sont nombreuses… et les Français assez nombreux pour ne pas être perdus !

 

 

 

27) T'imagines-tu un jour t'expatrier dans un autre pays ? Lequel ?

 

On l'a envisagé sérieusement… On a passé six semaines en Australie pour voir si l'on s'y plairait, pour découvrir le pays en détail. Résultat des courses : on a adoré mais le coût de la vie est tel à Sydney (notre destination sélectionnée) par rapport à  Montréal, que l'on vivrait beaucoup moins bien au quotidien… Alors, on reste ici et on s'offre de belles vacances !

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Maison a Montréal

Photo Delphine