Emmanuelle est une lectrice de ce blog  et, bien qu'elle soit une Française expatriée non pas aux Etats-Unis (comme le veut la règle de cette interview) mais au Québec, elle a tout de même tenu a vous faire part de son expérience de l'expatriation.

Merci beaucoup, Emmanuelle !

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A Montréal

Photo Emmanuelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1) Depuis quand es-tu expatriée au Québec ?

 

Cela fait quatre ans (déjà !).

 

 

 

 

2) Pourquoi t'es-tu expatriée ?

 

Mon père a toujours été un grand amoureux du Québec, sans même jamais y avoir été. Donc, à force d'arguments, il a réussi à nous faire tous partir à Montréal, lui, ma mère, mes sœurs et moi.

 

 

3) Quelle a été l'attitude de tes proches quand tu leur as annoncé ton expatriation ?

 

J'avais un petit ami en France, à l'époque, donc ce fut un départ assez "déchirant" bien que j'avais hâte de vivre l'expérience !

 

 

 

4) Quels étaient tes doutes et tes peurs avant de quitter la France ?

 

Les peurs les plus classiques quand on s'apprête à faire le grand saut ! J'avais peur de ne trouver aucun avantage à vivre loin de mon pays, de ne pas m'y faire et d'être trop nostalgique de la France et de mon ancienne vie. Mais ayant déjà beaucoup déménagé en France (une bonne dizaine de fois), je savais ce que c'était de tout quitter et de se refaire une vie ailleurs.

 

 

 

 

5) Ces doutes et ces peurs se sont-ils avérés exacts ?

 

Au début, oui : ce n'est pas facile de quitter un train de vie stable, un petit ami, des amis... en plein "Bac", en plus (car j'ai passé mon "Bac L" dans une école française à Montréal). Je pense qu'il faut bien un an, voire deux ans, avant de retrouver un train de vie aussi confortable (mais pas identique) que celui qu'on a laissé.

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Photo Emmanuelle

 

 

 

 

 

6) D'un point de vue pratique et au niveau des formalités, ton installation au Québec a-t-elle été facile ?

 

J'ai eu la chance que mon père fasse toutes les démarches pour moi, car j'avais 17 ans à l'époque du déménagement. Par chance, il existe beaucoup d'accords entre la France et le Québec, et le gouvernement est très friand des Français car nous parlons la langue qu'ils cherchent si désespérément à conserver. Obtenir la résidence permanente prend quand même du temps, entre neuf mois et un an.

 

 

 

 

7) Et d'un point de vue affectif et émotionnel ?

 

Je dirais que j'ai un peu "galéré" les deux premières années car se refaire de vrais amis n'a pas été chose facile. Il faut savoir dépasser le fossé imposé par le fait d'être Français au Québec.

Je m'explique : les Québécois se méfient car beaucoup de Français arrivent avec une attitude de colonisateurs, comme s'ils s'installaient dans une région française, simplement car on y parle la même langue. De plus, à mon avis, il faut éviter le danger de rester dans un "ghetto" français, c'est-à-dire n'avoir que des amis français, vivre dans le quartier français, commencer toutes ses phrases par "Nous, en France…". C'est une attitude que je remarque souvent chez les nouveaux expatriés.

 

Par contre, les deux dernières années ne furent que du bonheur et je suis très optimiste et enthousiaste quant à la suite des choses J.

 

 

8) Y a-t-il quelque chose que tu ferais différemment concernant ton installation/expatriation au Québec ?

 

Je ferais en sorte que ma famille reste avec moi. En effet, au bout de deux ans, ma mère, ne supportant plus l'expatriation, a demandé à ce que la famille retourne en France. Je suis la seule à être restée à Montréal. J'y vis seule depuis deux ans.

 

 

9) Y a-t-il une personne qui t'a particulièrement aidée dans ton installation/expatriation (que ce soit a travers un bon conseil, une aide financière, une simple présence amicale...) ? 

 

Mes amies québécoises qui ne m'ont pas considérée comme "française" mais comme "Emmanuelle", la personne que je suis - peu importe mon accent ou le pays d'où je viens. Car avant, les connaissances que j'avais me parlaient beaucoup (trop) de la France ; j'étais leur "amie française", parfois à la limite de la bête de foire (OK, j'exagère, mais pas tant que ça).

 

 

10) As-tu un travail au Québec ?

Si oui : lequel et, surtout, a-t-il un rapport avec ce que tu faisais (ou étudiais) en France ?

Si non : es-tu actuellement en recherche d'un travail et, surtout, as-tu l'impression que c'est plus facile ou plus difficile que dans ton pays (démarches et mode de fonctionnement différents...) ?

 

Oui, j'ai un travail. Je viens de terminer mon "Bachelor" (licence) en communication et je vais entamer une maîtrise. Cependant, j'ai toujours tenu à travailler pendant mes études : j'ai donc été serveuse et caissière. Il faut préciser qu'à Montréal, trouver un job d'étudiant est assez facile - si l'on est résident permanent, bien sûr.

 

 

 

 

11) La France te manque-t-elle ?

 

Ce qui me manque, c'est ma famille ; mais le pays en lui-même et la population, non.

 

 

12) Quand penses-tu revenir en France définitivement ?

 

Pour le moment, la France ne fait plus partie de mes projets d'avenir.

 

 

13) As-tu hate de revenir en France définitivement ?

 

Voir question 12 J.

 

 

 

14) Comment gardes-tu le contact avec ta famille et tes amis ?

 

Le téléphone, mais surtout MSN qui permet de se donner quelques petites nouvelles au jour le jour, en une heure ou en cinq minutes, selon l'emploi du temps de chacun. C'est important pour moi d'échanger quasi quotidiennement avec ma famille, histoire de ne pas trop être perdue quand je les retrouve après des mois d'absence.

 

 

15) Reviens-tu souvent en France pour les vacances ?

 

Oui : chaque Noël et quelques semaines en été. Je précise que j'ai l'immense chance que mes parents financent tous mes billets d'avion ; c'est un peu notre façon de gérer l'éloignement.

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Photo Emmanuelle

 

 

16) Si tu es au Québec depuis pas mal de temps, as-tu l'impression, parfois, de te "détacher" ou de "t'éloigner" un peu de la France (de sa culture, de ses traditions, de son mode de fonctionnement...) ?

 

Totalement ! J'ai vécu les trois premières années de mon expatriation littéralement entre deux chaises ! Un mois sur deux, je décidais soit de rester à Montréal, soit de rentrer en France. Un été, je suis carrément revenue en France pour de bon mais, au bout de deux mois, je me sentais comme une étrangère et le Canada me manquait terriblement. J'ai donc pris mes cliques et mes claques et je suis revenue (définitivement ?) à Montréal. Depuis, je n'ai plus aucun doute : je sais que le Québec est mon nouveau "chez moi".

 

 

17) Comment vois-tu/juges-tu la France et les Français maintenant que tu vis au Québec ?

 

Maintenant que je vis de l'autre côté de l'océan, je trouve que les Français manquent de tolérance, d'ouverture d'esprit et surtout de civisme. Il y a une sorte de politesse et de respect d'autrui ambiants au Québec que je ne retrouve pas en France.

 

 

18) D'après toi, comment ta famille et tes amis s'imaginent-ils ta vie d'expatriée ("rêve américain", solitude, super opportunité, folie, angoisse...) ?

 

Il y a ceux qui m'envient, qui me disent à quel point ce doit être génial de vivre à Montréal ; et ceux qui ne s'y verraient pas du tout et qui ne me parlent que de l'accent québécois (autant dire que, dans ce cas-là, je coupe court à la conversation !). Qui parlait d'ouverture d'esprit ?

 

 

19) Ta vision du Québec a-t-elle changé - en bien ou en mal - depuis ton expatriation ?

 

Je suis arrivée sceptique au Québec et ce dernier m'a totalement convaincue. Je ne savais que penser de la mentalité nord-américaine, ou même de la mentalité québécoise, et je trouve que celles-ci confèrent une réelle liberté d'expression personnelle et le sentiment que tout est possible.

 

 

20) Trouves-tu ta vie actuelle au Québec plus agréable ou moins agréable que ton ancienne vie en France ?

 

Définitivement plus agréable car j'ai le sentiment d'avoir trouvé la ville qui me convient, le mode de vie qui me convient.

 

 

 

21) Depuis ton expatriation, te sens-tu plutôt française, européenne ou québécoise ?

 

Je me sens française américanisée ; que dis-je ? "Québéquisée" !

 

 

22) Au Québec, as-tu plus de connaissances/amis québécois ou français ?

 

Plus de québécois, à mon grand bonheur.

 

 

23) Cela te convient-il ?

 

Absolument. C'est exactement ce que je voulais. Je considère cela indispensable à une bonne intégration à un pays.

 

 

24) Si je te dis que tu dois définitivement repartir en France dans deux mois, quelle est ta première réaction (joie, tristesse, panique, soulagement...) ?

 

Panique, refus, bataille ! Il est certain que je ne me laisserai pas faire.J

 

 

25) L'expérience de l'expatriation a-t-elle changé ta façon de voir le monde - et la vie en général ?

 

Totalement. Je trouve que l'expatriation ouvre l'esprit, offre un regard neuf sur le pays qu'on vient de quitter, sur nous-mêmes, et sur la vie en général. C'est un véritable enrichissement personnel.

 

 

26) Que dirais-tu a ceux a qui l'on vient de proposer l'expatriation au Québec mais qui ont peur et se posent mille et une questions ?

 

On ne peut pas savoir tant qu'on n'a pas essayé ! Venez, vous verrez ! Si vous ne voulez pas faire le saut trop radicalement, venez un an en "PVT" ("Programme Vacances-Travail").

 

 

27) T'imagines-tu un jour t'expatrier dans un autre pays ? Lequel ?

 

Oui, bien sûr, mais toujours dans les Amériques. Autrement dit, je me vois aux Etats-Unis, ou bien en Argentine (pays que j'ai visité et adoré).

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Photo Emmanuelle